| Le geste et la couleur : une manière d’évoquer
un instant digne de mémoire
La peinture de Mathilde Sauvanon sort du domaine de la représentation. Elle ne donne des titres à ses œuvres qu'à des fins de reconnaissance. Cela ressemble davantage à une topologie qu'à un procédé descriptif, sans renoncer forcément à tout contenu narratif. La rencontre du geste et de la couleur est pour Mathilde Sauvanon une manière d'évoquer une sensation particulière, voire un instant digne de mémoire. Si l'on parvient, malgré cela, à déceler des éléments figuratifs dans son travail, la lecture en demeure à tout moment ouverte. Doit-on nécessairement affubler une œuvre d'un titre ? Cette question à elle seule susciterait un débat sans aucun doute intéressant. Certains prétendent qu'une peinture se suffit à elle-même, comme un poème qui, par nature, contiendrait en lui-même sa propre musicalité. D'autres soulignent qu'un titre endigue la vision du « lecteur » ou du spectateur potentiel. Il est même des artistes qui donnent à chacune de leurs toiles un simple numéro, à seule fin de la distinguer du reste de leur production. Pour Mathilde Sauvanon, le titre permet à son auteur de créer un lien entre une œuvre et la personne qui en a fait l'acquisition, par affinité élective bien sûr. C'est pourquoi il faut se défier des interprétations définitives ou, à tout le moins, hâtives quant au contenu de son ouvrage. « II y a autant de peintures que de regards portés sur la même œuvre » nous disait récemment un ami plasticien. L'important, finalement, c'est ce que l'autre voit, ce qu'il perçoit de l'énoncé, dût-il ajouter un volet de sa propre histoire au contenu initial du tableau. Il nous semble que Mathilde Sauvanon serait d'accord avec cette manière de vivre l'art, pour user d'une formule imagée et un peu dynamique. Petite fille de peintre et fille de musicien - son père était altiste et eut le bonheur de se produire dans le cadre prestigieux des fameux concerts Colonne, fondés par le violoniste et chef d'orchestre français Edouard Colonne (1838-1910) - Mathilde prit très jeune l'habitude de faire appel à cette qualité essentielle : l'imagination. Aussi loin que remontent ses souvenirs, elle nous dit avoir toujours eu envie de dessiner ou de peindre. Mais sa carrière professionnelle et son engagement civique (elle fut, pour deux mandats, élue maire de la petite commune de Néville, près de Paluel où se trouve installée une importante centrale nucléaire), elle fut temporairement contrainte de renoncer à assouvir sa vocation. Longtemps resté latent, son engagement dans la peinture fut vivement encouragé par son ami Marius Carcel, à qui une rétrospective fut très récemment consacrée à l'initiative de la Banque C.I.N. de Rouen. « Azaël », la toute première œuvre exposée par Mathilde Sauvanon, fut immédiatement saluée par notre confrère, le critique Roger Balavoine, qui la qualifia de «beau geste». En 1982-83, elle entra aux Indépendants de Rouen. Ayant pu prendre sa retraite à un âge relativement jeune, Mathilde Sauvanon décida de mettre les bouchées doubles en se lançant dans la peinture. Mariée à un pianiste qui, en son jeune temps, posa pour le sculpteur Zadkine (le fait est assez pittoresque pour mériter d'être signalé), elle trouva tout près d'elle un soutien on ne peut plus précieux. Ce couple cultivé et un peu atypique fréquente assidûment les meilleurs lieux de concerts comme Le Moulin d'Andé, dans l'Eure, ou l'Opéra de Rouen, et s'intéresse passablement au théâtre ainsi qu'à tout ce qu'il est convenu d'appeler la vie culturelle. Mathilde Sauvanon aime par-dessus tout la peinture de Nicolas de Staël. Parfois, elle fait entrer des motifs architecturaux dans ses tableaux. Elle utilise aussi de gros calques et ne dédaigne en rien les techniques calligraphiques qui produisent de beaux résultats, pratiquant accessoirement le pliage, qui demande un doigté spécial. Sa peinture est, le plus souvent, exécutée à l'acrylique sur laquelle elle applique une laque spéciale. Quant aux titres des œuvres, ces derniers font parfois l'objet d'interminables discussions au sein du couple. Retenons, entre autres pages, « Marguerite et Méphisto », « La Camarde », « Le soir », «Paluel » qu'on est en droit de considérer comme des moments emblématiques d'un parcours longtemps buissonnier. Dotée d'une forte personnalité, Mathilde Sauvanon affiche sa passion pour la vie qui ne cesse de recommencer chaque jour que Dieu fait Ecoutons ce que dit Bachelard dans L'intuition de l'instant : « Nous vivons chaque vie neuve comme l'œuvre qui passe : mais la vie lègue à la vie toutes ses empreintes fraîches. Toujours plus épris de sa rigueur, l'acte repasse sur ses intentions et sur ses conséquences, et y complète ce qui ne s'achève jamais. » S'il est un don propre aux natures dites « artistiques », ce serait précisément d'être à même de se réinventer à tout moment un horizon, voire un destin. Entre Rouen et Antibes, Mathilde Sauvanon promène son besoin d'expression, passant d'une lumière à l'autre, des effets de brume aux contours plus incisifs de la roche méditerranéenne. Ce changement de climat nourrit régulièrement son appétit de couleur. Luis PORQUET, mai 2005 Il est des peintres comme des humains : la prétention et la médiatisation sont parfois inversement proportionnelles au talent véritable. Pour Mathilde SAUVANON, c'est l'inverse qui la singularise, tant sa discrétion et sa bienveillance sont complétées d'une personnalité artistique aussi originale qu'exceptionnelle. Mathilde SAUVANON représente la sobriété et la puissance maîtrisées, mises au service d'une évocation que nul ne peut ignorer ou dédaigner, quels que soient les formats ou la palette de couleurs utilisées. Cette parisienne de naissance s'est imposée en Normandie où la reçoivent galeries et salons régionaux, lesquels l'accueillent avec un empressement digne du talent qu'elle y amène toujours. Sociétaire de la " Nationale des Beaux Arts ", Mathilde SAUVANON m'a toujours fasciné par la qualité de son métier et l'excellence d'une dramaturgie picturale bien en phase avec tout ce que la création contemporaine peut amener de meilleur. Informelles, ses compositions émettent une attirance tout autant réfléchie que tangible, tant le geste raffiné le dispute à l'audace des nuances ou à l'austérité d'une matière remarquable d'harmonie suggestive. Même l'impact des ses couleurs nuancées à l'extrême supporte de brillants effets expressifs dans son canevas de formes rigoureuses, posées en lumière et gorgées de séduction infinie digne des icônes les plus précieuses. André RUELLAN, critique d'art "L'Idéal, c'est lorsque j'arriverai, d'un seul trait à exprimer tout ce qu'il y a en moi, à avoir tout dit d'un seul coup de crayon..." Pas un tableau qui ne soit né de l'instant présent, de l'expression fugitive plus forte encore que la réalité, du besoin quasi vital d'attraper le pinceau et de jouir de la matière. Coup de pinceau-coup de coeur, spontané, violent et cependant longuement mûri dans un inconscient sans cesse à l'éveil. La Tunisie, l'Allemagne, la vie professionnelle de Mathilde Sauvanon, celle d'élue (maire de Néville pendant 12 ans) ne lui avaient jamais laissé le temps de se livrer à ce qui lui est devenu essentiel aujourd'hui : "mais toutes ces années m'ont enrichie; j'ai porté en moi douleurs et bonheurs, et c'est tout ça que je suis entrain de recracher..." Dans sa famille de peintres et de musiciens, elle apprit très tôt la place consacrée à l'art: "ça aurait pu être la musique, mais mon père, artiste, n'aurait jamais accepté que sa fille soit musicienne !" II n'empêche que si aujourd'hui, elle est un peintre de talent, elle adore tout autant la musique : "toutes sortes de musiques, pourvu qu'elles soient bonnes !". Et d'ailleurs, l'on retrouve dans certains tableaux, le rythme des notes, comme si son pinceau avait d'abord obéi aux sons, avant de se glisser voluptueusement dans la matière. Pas de message dit elle, et pourtant, cette quête de l'essentiel ("à mon âge, on tente de toujours mesurer ce qui est important"), on la retrouve dans les papiers monochromes, meurtris et chamboulés, mais solides comme des rocs. On la retrouve encore dans ces corps nus où seul le mouvement suggère un plein d'espérances, ou même dans ces scènes théâtrales et surréalistes où le pinceau oublie sa trame pour convoler en justes teints. Et toujours, toujours, la mort. Ni morbide, ni noire, mais belle dans son incestueux amour de la vie, boulimique macrophage... "Jamais, depuis mon plus jeune âge, je n'ai fait de projet; chaque matin, je pense que je peux mourir et donc qu'il est temps de vivre" A pleines goulées, à pleines couleurs dans des esquisses s'approchant du vitrail. Les ors, les rouges, les bleus se combattent et finissent par s'épouser en une Harmonie aussi trompeuse que fugace. Forte des années qui ne l'ont pas ménagée "ni plus ni moins que les autres», forte d'une intelligence des événements de plus en plus sereine, Mathilde Sauvanon ne laisse pas un instant au temps. Celui qui fait que chaque seconde du sablier doit être aussi belle, aussi riche, qu'un matin plein de bonheur... D.D. [..] Il y a de la poésie chez Sauvanon qui possède le sens de la couleur et qui réussit aussi bien le camaïeu que les oppositions de tons. PEYJAC Mathilde SAUVANON ! Au sein d'un environnement familial et amical voué aux talents et à la qualité artistique, cette artiste-peintre rouennais sociétaire du Salon des Indépendants Normands, de la Palette Cantilienne, de l'Association Yvetotaise des Artistes Cauchois, sans oublier "Audace", les expositions de groupe à BOLBEC, SAINT-SAENS, ETRETAT, et des présentations personnelles à SAINT-VALERY et au Colombier d'OFFRANVILLE. L'artiste en impose par son métier, par la base incontestable d'excellents croquis posés avec grâce et dynamisme, à la limite du réel. Puis elle définit sa dramaturgie de la création contemporaine grâce à l'informel qui accroche l'esprit par la qualité des accords de couleurs dignes des icônes les plus précieuses, où le gestuel et le raffinement le disputent à l'audace des nuances pour aboutir à d'austères papiers froissés, d'un remarquable effet plastique d'ombres et de lumières travaillées en camaïeux, d'un style pour le moins inédit, séduisant d'harmonie et de suggestion. André Ruellan, lors de l'exposition à la Galerie ETRE en juin 1997 Mathilde Sauvanon une « oeuvre au noir » pour célébrer la beauté du silence. Nous entrons dans l'espace spirituel. Une peinture élégante et lyrique. Une oeuvre pour méditer et se libérer du présent (ou y entrer), mais qu'il faudrait approfondir. Luis Porquet, octobre 1997 Mathilde Sauvanon possède une sensibilité bien personnelle et une forme d'expression au charisme puissant et mystérieux. Toute son œuvre se traduit dans la fluidité des formes et l'audace des couleurs, avec une forte volonté d'exprimer la beauté du geste. En utilisant la laque sur toile, ou bien en pratiquant la sculpture sur papier, Mathilde Sauvanon réalise des effets étonnants, dont la finalité dépasse bien souvent les frontières de l'imagination. Muriel Picard, Paris Normandie, septembre 1993 La peinture de Mathilde Sauvanon possède une puissance sauvage que l'artiste crie sur tout support toiles, papiers, même froissés où ses huiles et ses acryliques éclatent en harmonies lumineuses ou en déchirements agressifs. Les Informations Dieppoises, septembre 1993 Malhilde Sauvanon un très beau travail d'abstraction, où se mêlent la technique du laqué, le traitement des ors, et des aplats enivrants. F.D., Arts et Loisirs, mars 1994 |